La Blogothèque
Concerts à emporter

Leon Bridges – River

Paris était particulièrement dure avec nous ce jour-là. Alors quand Leon Bridges a pu enfin se donner au gospel apaisé de ‘River’, nous avons pris cela comme une belle récompense.

C’est l’un de ces quartiers où l’on a sacralisé le tourisme, où l’on contingente tout le reste. Notre-Dame, ses touristes et ses flics à pied, sa cathédrale et ses flics à vélo, ses bistrots hors de prix et ses flics en Segway, là pour interrompre le moindre sursaut de vie, pour suspecter celui qui n’est pas en train de faire son selfie.

On gardera la longue histoire pour plus tard (les flics qui se méfient d’un chanteur soul). On a préféré d’abord vous montrer la récompense. Nous venions de croiser trois musiciens dépités, forcés par les policiers à ranger leurs instruments. Nous venions de nous faire rejeter par quatre bistrotiers peu enclins à accueillir des musiciens sur leur terrasse. L’un d’eux a fini par dire oui. Nous étions sous les arbres, c’était une magnifique journée, mais l’environnement était lourd. Enfin, jusqu’à ce que Leon ne chante ‘River’.

On l’avait vu ce jour-là chantonner pour lui-même, on l’avait vu faire de petits pas de danses sur les ponts historiques, mettre son corps entier au service d’un groove : Leon ne joue pas, il est un gamin de la soul, il se laisse porter par ses chansons, il est leur marionnette. Là, encore : il s’est donc assis à une table de bistrot, et du moment où il a commencé à chanter, son regard n’a plus porté nulle part. Il n’est plus là, il y a juste ce gospel apaisé, aussi vieux que les arbres autour de nous, aussi léger que le vent qui bruisse dans les feuilles. Ce qui est bien c’est que Paris, jusqu’ici peu encline à nous laisser jouer, s’est soudainement apaisée et ouverte à nous. Ce n’est pas une fille facile.